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Droit de l’entreprise

Messagerie professionnelle : peut-on licencier un salarié ?

Publié le

10/14/2026

Messagerie professionnelle : peut-on licencier un salarié ?

Oui, des messages échangés entre salariés sur une messagerie professionnelle peuvent être utilisés pour justifier une sanction, voire un licenciement. Mais l'employeur ne peut pas utiliser librement toutes les conversations auxquelles il aurait accès : il faut distinguer les échanges professionnels des correspondances relevant de la vie privée.

La Cour de cassation vient de le rappeler dans un arrêt du 23 septembre 2026, n° 25-14.348.

Dans cette affaire, une salariée avait échangé avec une collègue sur une messagerie instantanée installée sur son ordinateur professionnel. Les messages, envoyés notamment pendant des réunions et des formations, n'étaient pas signalés comme privés et concernaient le fonctionnement de l'entreprise et les personnes qui y travaillaient. Certains propos étaient dénigrants, injurieux ou susceptibles de décrédibiliser ses supérieurs.

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La Cour de cassation a admis que l'employeur puisse consulter ces messages et les utiliser dans le cadre de la procédure disciplinaire. Dans cette affaire, le licenciement pour faute grave prononcé contre la salariée est resté valable.

La décision complète est accessible sur le site de la Cour de cassation : Cass. soc., 23 septembre 2026, n° 25-14.348.

Un employeur peut-il lire les messages professionnels d'un salarié ?

Oui, en principe, lorsque les messages sont envoyés ou reçus à l'aide d'un outil informatique professionnel et qu'ils ne sont pas identifiés comme personnels. Ils bénéficient alors d'une présomption de caractère professionnel.

Cette règle est ancienne.

La Cour de cassation juge que les courriels adressés ou reçus au moyen de l'outil informatique mis à disposition par l'employeur sont présumés professionnels, sauf lorsque le salarié les a identifiés comme personnels. L'employeur peut alors, en principe, y accéder même hors de la présence du salarié. Cour de Cassation

La décision du 23 septembre 2026 applique cette logique à une messagerie instantanée utilisée dans l'entreprise.

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La Cour retient trois éléments importants : la messagerie était installée sur l'ordinateur professionnel, les messages n'étaient pas identifiés comme personnels et leur contenu concernait directement l'activité professionnelle.

La règle n'est donc pas limitée au courrier électronique traditionnel.

Elle peut concerner les outils numériques utilisés pour travailler et communiquer entre collègues.

Des messages entre deux collègues sont-ils forcément privés ?

Non. Le fait qu'une conversation n'implique que deux salariés ne suffit pas à la rendre privée. Il faut examiner l'outil utilisé, l'identification éventuelle comme conversation personnelle et surtout la nature des échanges.

C'est précisément l'un des intérêts de l'arrêt de septembre 2026.

La salariée soutenait notamment que les échanges étaient intervenus directement entre deux comptes et qu'ils n'avaient pas vocation à être rendus publics.

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Cela n'a pas suffi.

Les messages avaient été échangés pendant le travail au moyen de l'outil mis à disposition par l'employeur, n'avaient pas été signalés comme personnels et portaient sur l'entreprise, ses instructions, ses salariés et sa direction. La Cour considère donc qu'ils ne relevaient pas de la vie privée.

L'employeur peut-il utiliser ces messages pour sanctionner le salarié ?

Oui, lorsqu'ils ont un caractère professionnel et révèlent des faits susceptibles de constituer une faute. Mais le simple fait qu'un message soit professionnel ne signifie pas que son contenu justifie automatiquement une sanction.

C'est une deuxième étape essentielle.

Il faut distinguer :

le droit de consulter le message, d'une part ;

et

le droit de sanctionner son contenu, d'autre part.

Dans l'arrêt du 23 septembre 2026, les messages étaient en rapport avec l'activité professionnelle et comportaient notamment des propos dénigrants à l'encontre des supérieurs hiérarchiques ainsi que des critiques qualifiées d'injurieuses ou susceptibles de les décrédibiliser.

La Cour a donc considéré que leur consultation à des fins disciplinaires ne portait pas atteinte à la vie privée.

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Une solution comparable avait déjà été retenue dans un arrêt du 11 décembre 2024, n° 23-20.716 : des messages envoyés au moyen d'un téléphone professionnel, contenant des critiques à l'égard de l'entreprise et des propos dénigrants envers ses dirigeants, pouvaient être utilisés dans une procédure disciplinaire dès lors qu'ils étaient en rapport avec l'activité professionnelle.

Critiquer son employeur dans un message suffit-il pour être licencié ?

Non. Un salarié conserve sa liberté d'expression dans l'entreprise. Une simple critique, même désagréable pour l'employeur, ne constitue pas automatiquement une faute.

Le salarié bénéficie de la liberté d'expression. L'article L. 1121-1 du Code du travail interdit les restrictions aux libertés individuelles et collectives qui ne seraient pas justifiées et proportionnées.

La jurisprudence distingue donc la critique de l'abus de la liberté d'expression.

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Un salarié peut exprimer son désaccord avec une décision de la direction, critiquer une organisation de travail ou contester une méthode de management.

La situation devient différente lorsque les propos présentent un caractère injurieux, diffamatoire ou excessif. La Cour de cassation continue de raisonner en fonction du contenu des propos, mais aussi de leur contexte, de leur répétition et de leurs destinataires. Cour de Cassation

Peut-on être licencié pour faute grave à cause de messages professionnels ?

Oui, c'est possible, mais la faute grave n'est jamais automatique. Elle suppose que les faits soient suffisamment sérieux pour rendre impossible le maintien du salarié dans l'entreprise.

Dans l'affaire du 23 septembre 2026, la salariée avait été licenciée pour faute grave et la cour d'appel avait retenu cette qualification. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi.

Cela ne signifie pas que tous les propos dénigrants conduisent à une faute grave.

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L'employeur doit notamment apprécier la gravité exacte des propos, leur caractère ponctuel ou répété, les fonctions du salarié, le nombre de destinataires, le contexte professionnel, les éventuels antécédents disciplinaires et les conséquences des propos dans l'entreprise.

Un message maladroit adressé une fois à un collègue n'est pas juridiquement équivalent à une campagne répétée de dénigrement ou à des propos gravement injurieux visant plusieurs personnes.

Et si le salarié écrit « privé » ou « personnel » ?

La situation devient beaucoup plus protectrice pour le salarié lorsque les échanges sont clairement identifiés comme personnels. Le secret des correspondances et le respect de la vie privée restent applicables au travail.

La CNIL recommande précisément aux salariés qui utilisent raisonnablement leur messagerie professionnelle pour des échanges personnels de les identifier clairement comme « Personnel » ou « Privé », ou de les classer dans un répertoire personnel.

Consulter les recommandations de la CNIL sur la messagerie professionnelle

La présence d'un ordinateur ou d'un téléphone appartenant à l'employeur ne fait donc pas disparaître toute vie privée du salarié.

Un message peut-il rester privé même sur une messagerie professionnelle ?

Oui. C'est précisément la limite qu'il ne faut pas oublier : une conversation relevant réellement de la vie personnelle du salarié reste protégée, même si elle passe par un outil professionnel.

La Cour de cassation l'a rappelé avec force dans son arrêt du 25 septembre 2024, n° 23-11.860.

Dans cette affaire, le salarié avait échangé des messages dans un cadre strictement privé, sans rapport avec son activité professionnelle.

La Cour juge que l'employeur ne pouvait pas utiliser ces messages personnels pour le sanctionner. Plus encore, dès lors que le licenciement disciplinaire était fondé, même en partie, sur leur contenu en violation de l'intimité de la vie privée, le licenciement était nul.

Quelle différence entre les décisions de 2024 et celle de 2026 ?

Elles ne se contredisent pas. Elles permettent au contraire de dessiner beaucoup plus clairement la frontière entre vie professionnelle et vie privée.

En septembre 2024, la Cour protège une conversation véritablement personnelle, sans lien avec le travail.

En décembre 2024, elle admet l'utilisation de messages envoyés depuis un téléphone professionnel et relatifs à l'activité professionnelle, malgré leur caractère critique et dénigrant.

En septembre 2026, elle confirme cette logique pour une messagerie instantanée professionnelle : absence d'identification comme « personnel » + messages liés au travail = présomption professionnelle et possibilité d'utilisation disciplinaire.

La jurisprudence devient ainsi assez lisible.

Ce n'est pas simplement le nom du logiciel qui compte.

Ce n'est pas non plus uniquement le fait que deux personnes discutent en tête-à-tête.

Il faut examiner l'environnement numérique et le contenu réel de l'échange.

L'employeur peut-il surveiller en permanence Teams, Slack ou la messagerie de ses salariés ?

Non. Le droit d'accéder à certains messages professionnels ne crée pas un droit général de surveillance permanente des salariés. Les dispositifs de contrôle doivent respecter les règles d'information, de nécessité et de proportionnalité.

L'article L. 1222-4 du Code du travail prévoit qu'aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été préalablement porté à sa connaissance.

L'article L. 1121-1 impose également que les restrictions aux libertés soient justifiées par la nature de la tâche et proportionnées au but poursuivi.

Il faut donc distinguer l'accès ponctuel à des données professionnelles de la mise en place d'un véritable système de surveillance.

Pour l'employeur, une charte informatique claire, annexée ou articulée avec le règlement intérieur lorsque cela est pertinent, permet notamment d'expliquer les règles d'utilisation des équipements numériques, les espaces personnels et les conditions d'accès aux outils.

Un salarié peut-il utiliser sa messagerie professionnelle à titre personnel ?

Oui, une utilisation personnelle raisonnable est généralement admise. Mais le salarié a intérêt à identifier sans ambiguïté les échanges personnels.

La CNIL rappelle qu'une tolérance existe pour une utilisation raisonnable des outils professionnels à des fins personnelles. Elle recommande de faire apparaître clairement la mention « Personnel » ou « Privé ».

Cette précaution est particulièrement importante depuis les décisions récentes.

Un salarié qui utilise constamment l'outil professionnel pour discuter de l'entreprise avec ses collègues, pendant le temps de travail, sans identifier les conversations comme privées, ne peut pas nécessairement considérer ensuite que leur caractère confidentiel était évident.

Que doit faire un employeur qui découvre des messages problématiques ?

Il ne faut pas licencier immédiatement sur la seule base d'une capture d'écran. L'employeur doit d'abord vérifier la licéité de la preuve, la nature professionnelle des échanges et la gravité réelle des propos.

Une méthode prudente consiste à vérifier, dans cet ordre :

  1. comment les messages ont été obtenus ;
  2. quel outil et quel compte ont été utilisés ;
  3. s'ils étaient identifiés comme personnels ou privés ;
  4. s'ils concernent réellement l'activité professionnelle ;
  5. si les propos constituent une simple critique ou un abus de la liberté d'expression ;
  6. leur contexte, leur fréquence et leur diffusion ;
  7. la sanction proportionnée aux faits ;
  8. les délais de la procédure disciplinaire.

Cette analyse doit précéder l'envoi d'une convocation.

Quel délai l'employeur a-t-il pour sanctionner des messages découverts ?

En principe, l'employeur dispose de deux mois à compter du jour où il a une connaissance suffisamment précise des faits fautifs pour engager les poursuites disciplinaires.

L'article L. 1332-4 du Code du travail dispose qu'aucun fait fautif ne peut, à lui seul, donner lieu à des poursuites disciplinaires plus de deux mois après sa connaissance par l'employeur, sauf poursuites pénales engagées dans ce délai.

Cela signifie que la date importante n'est pas nécessairement celle à laquelle le message a été écrit.

Il faut déterminer à quelle date l'employeur a réellement eu connaissance des faits dans des conditions lui permettant d'engager la procédure.

Cette question peut devenir déterminante lorsqu'une ancienne conversation est découverte plusieurs mois plus tard.

Quelles preuves faut-il conserver avant de sanctionner ?

Il faut pouvoir démontrer à la fois le contenu des messages et les circonstances dans lesquelles ils ont été obtenus. Une simple impression ou une capture isolée peut laisser ouvertes de nombreuses contestations.

L'employeur doit notamment conserver l'échange complet, les dates et horaires, l'identité des participants, le contexte professionnel, l'origine du document et les éléments permettant d'établir le caractère professionnel de l'outil utilisé.

Il faut éviter de sélectionner uniquement quelques phrases sorties de leur contexte.

Une conversation complète peut parfois transformer totalement la compréhension d'un message présenté isolément comme injurieux ou menaçant.

Quand consulter un avocat ?

Pour l'employeur, une analyse juridique est particulièrement utile avant d'engager un licenciement fondé sur des emails, messages Teams, Slack, Discord ou toute autre messagerie numérique. Pour le salarié, elle permet notamment de déterminer si les échanges étaient réellement professionnels et si l'employeur pouvait légalement les consulter et les utiliser.

Ces dossiers se situent à la frontière de plusieurs règles : pouvoir disciplinaire, vie privée, secret des correspondances, liberté d'expression et droit de la preuve.

Une qualification erronée peut transformer un dossier de faute grave apparemment simple en contentieux de nullité du licenciement pour atteinte à une liberté fondamentale.

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